Suivi des algues d'échouages

Étudier et expliquer les échouages d'algues sur l'Ile d'Oléron

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Crédit photo : CPIE Marennes-Oléron

des algues sur Oléron ? Explications

Les algues ont toujours existé sur Oléron comme ailleurs. Notre côte rocheuse est vivante, et dessus poussent naturellement des dizaines d'espèces, qu'elles soient brunes, vertes et rouges. En fin de vie, ou lors de coups de houle, elles se décrochent, dérivent puis s'échouent. Ce phénomène naturel ne touche d'ailleurs qu'une partie des plages de l'Ile.

Sur ces plages, leur fonction écologique est très importante : elles participent aux chaînes alimentaires, et permettent au sable de se fixer, créant les conditions pour la formation ou le renforcement des dunes. Elles limitent donc directement et indirectement l'érosion.

Depuis les années 70, avec l'utilisation des engrais agricoles, les fleuves apportent à la côte des nutriments supplémentaires, favorables au développement d'algues vertes, qui sont donc de plus en plus nombreuses. Le phénomène est spectaculaire dans les baies bretonnes où cela devient un vrai problème.

En 2009, un cheval y est mort après avoir traversé une plage qui avait subi des échouages d'algues vertes. Ces algues avaient pourri et incorporé le sable. En marchant dessus, le cheval (et son cavalier qui marchait à côté) ont permis à un gaz toxique, le sulfure d'hydrogène, de se dégager. Précisons, pour la petite leçon, que le cheval avait bien pressenti le problème car il ne voulait pas y avancer, c'est le cavalier qui l'a tiré pour traverser la zone.

Cet évènement très médiatisé a provoqué toute une série de mesures "d'urgence", des normes sanitaires, des processus de traitement des algues, etc. Il a permis aussi une certaine prise de conscience des risques liés à ce gaz.


Crédit photo : CPIE Marennes-Oléron

quels sont les risques ?

En règle générale, les algues échouées ne présentent aucun danger. Quand un tas est fraîchement échoué, qu'il sent bon l’iode ou l’algue, tout simplement, tout va bien.

Un échouage peut poser problème uniquement :

- S'il est conséquent (plusieurs dizaines de centimètres d'épaisseur);

- S'il est constitué en majorité d'algues vertes;

- S'il survient après une période de grande marée (les marées hautes suivantes ne l'atteignent pas);

- S'il reste en place plusieurs jours au soleil

Dans ces conditions, les algues du dessus vont sécher et former une sorte de croûte, qui devient blanchâtre. Cela crée un couvercle, sous lequel l'oxygène va manquer. Là, la fermentation anaérobie peut commencer. Cette fermentation va transformer les composés sulfatés contenus dans les algues en hydrogène sulfuré : H2S. C'est ce gaz qui est toxique. Si la plage est fréquentée et que quelqu'un perce la croûte, le gaz va s'échapper et le respirer est dangereux.

Ce gaz est détectable facilement à son odeur "d’œuf pourri". Fiez-vous à votre nez, et ne
restez pas à proximité d'échouages en putréfaction qui auraient cette odeur. Par dessus tout, il faut éviter que des enfants aillent s'amuser à percer la croûte ou jouer dans les algues pourries.

Ce gaz étant plus lourd que l'air, il a tendance à stagner au niveau du dessus de l'échouage.


Crédit photo : CPIE Marennes-Oléron

quel dispositif sur Oléron ?

Les élus de l'Ile d'Oléron ont pris très tôt conscience du phénomène et ont souhaité premièrement obtenir des informations précises.  Depuis  2010, l'Ile bénéfice d'un suivi régulier (3 fois par an) par avion (suivi national du CEVA, de Dieppe à Oléron).

Les résultats de ce suivi national montrent qu'Oléron est moins touchée que les îles situées plus au nord, et bien sûr beaucoup moins que la Bretagne.

Lors des survols aériens, le CPIE est en charge de caractériser les échouages identifiés sur le terrain : estimation des surfaces impactées, composition des échouages (algues rouges, vertes et brunes), et toute information pour suivre l'évolution du phénomène. Ce faisant, et grâce à un appareil de détection spécialisé, la présence d'hydrogène sulfuré dans l'air des plages est alors mesurée.

Lors de l'identification d'un échouage potentiellement problématique, la réalisation de mesures de concentration en H2S permet d'avertir rapidement les communes en cas de risque. Ainsi, les maires peuvent agir rapidement si nécessaire.

En parallèle, le CPIE forme des médiateurs, pour contribuer à porter auprès de la population une information de qualité, à la demande de la collectivité. Ainsi les maîtres-nageurs-sauveteurs, les personnels d'office de tourisme et certains hébergeurs bénéficient de cette formation.


Crédit photo : CPIE Marennes-Oléron

QUE DOIT-ON FAIRE DE CES ALGUES ?

Les algues, nous l'avons vu, font partie intégrante du fonctionnement du littoral. Ce serait beaucoup plus inquiétant de ne pas en avoir ! Néanmoins c'est un inconvénient pour certaines personnes. Les gros échouages peuvent devenir gênants. Alors faut-il les ramasser, et pour en faire quoi ?

En Bretagne, par exemple, des investissements lourds ont été faits pour traiter les algues vertes. De nombreuses plages sont vidées quotidiennement de leurs algues, qui sont évacuées vers des centres de déchets spéciaux.

Ici, rien de tel pour le moment. Il n'y a pas de filière locale, pas d'installation capable de traiter ces algues dans les normes actuelles.

Pour le moment, la démarche est donc la suivante :

- Continuer de suivre de près les échouages, surveiller les risques gazeux pour être réactif en cas de problème.

- Améliorer les conditions techniques de ramassage pour qu'elles soient normalisées

- Communiquer sur le phénomène pour que chacun, habitant et touriste, soit bien informé

- Tout faire pour remonter à la source de ces problèmes et les résoudre en amont des fleuves et des rivières.

Ce qui est donc remarquable à Oléron, ce n'est pas la quantité d'algues vertes (très raisonnable par rapport à d'autres sites) mais plutôt les moyens mis en œuvre pour empêcher autant que possible tout problème grave, et rechercher les meilleures solutions à moyen terme.

Et n'oublions pas que, sur Marennes et l’île d'Oléron, il y a toujours aussi plein de plages sans algues.



La plage, les dunes, les marais, les estuaires, l’estran, ses coquillages et crustacés… Attractif par excellence, le littoral est soumis à une très forte pression humaine depuis la nuit des temps, et encore plus de nos jours avec le changement climatique et son cortège de conséquences.
Le CPIE agit dans de nombreux domaines pour que ce développement préserve la qualité que l’on vient rechercher sur le littoral : des activités primaires durablement prospères, des paysages naturels, des fonctionnalités respectées et un tourisme vertueux.

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